Après la tempête (Umi yori mo mada fukaku) de Hirokazu Kore-eda (Un certain regard)

Un an à peine après nous avoir éblouis avec Notre petite Sœur présenté en compétition officielle à Cannes 2015, Hirokazu Kore-eda revient sur la croisette avec Après la tempête. Verdict ?

C’est un « petit film », selon les mots de Thierry Frémaux, le directeur général du festival de Cannes, que Kore-eda signe cette année avec Après la tempête. Un jugement qui lui aurait valu une sélection à Un Certain regard plutôt qu’en Compétition officielle, alors que son réalisateur, récompensé par un Prix du jury en 2013 pour Tel Père, tel fils, avait déjà démontré un regard plus que certain. Cette finesse dans l’observation, cette précision de la mise en scène, cette sensibilité à fleur de peau dans la description du quotidien, on la retrouve encore intacte dans Après la tempête, et ce dès la première scène du film. Il suffit de voir une discussion entre une (grand-)mère et sa fille pour que la musicalité de Kore-eda nous séduise à nouveau. Il faut dire que la grand-mère est incarnée par Kirin Kiki, une très grande dame du cinéma japonais que l’on a récemment vu dans Les Délices de Tokyo de Naomi Kawase, mais aussi dans plusieurs Kore-eda depuis Still Walking (2008). Chacune de ses apparitions est bouleversante, et elle emporte le film dans les flots doux-amers qui caractérisent si bien le cinéma de Kore-eda.

© Nicolas Lemerle
© Nicolas Lemerle

Et pourtant, si elle est le cœur du film, elle n’en est pas son centre. Après la tempête est une œuvre chorale construite autour de Ryota (Hiroshi Abe), écrivain loser qui se repose sur un premier succès écrit 15 ans auparavant, et auquel il est incapable de donner suite. Joueur invétéré, il a du mal à joindre les deux bouts et accepte un travail comme détective. Pas de grandes enquêtes de films noirs ici : Ryota est de ces privés un peu minables qui retrouvent les chiens perdus et prennent des clichés de couples en instance de divorce batifolant dans des love hotel. De quoi lui donner l’impression d’être passé à côté de sa vie, d’autant que, divorcé, il voit son ex-femme refaire la sienne et disparaitre de celle de son fils. « Ce n’est pas si simple de devenir l’adulte de ses rêves », rétorque-t-il à un étudiant qui jure ne pas vouloir finir comme lui. Toutes ces questions sur la place de son passé dans ce qui le construit aujourd’hui, mais surtout de ce qu’il peut transmettre à son fils, vont se cristalliser pour Ryota lors d’une soirée où il va se retrouver bloqué par une tempête chez sa mère avec son ancienne épouse et son fils.

Ne vous attendez cependant pas à un psychodrame où les secrets de famille explosent lors de diners animés. Tout se passe comme une nuit normale, qui est peut-être juste l’occasion de faire le point. D’où l’impression de « petit film » que peut laisser Après la tempête. Mais mine de rien, sous sa simplicité apparente, sans ne rien asséner à son spectateur, Kore-eda pose des questions essentiels, avec justesse et finesse. Un art délicat et précieux qui nous éclaire sur notre propre vécu et notre quotidien sans en avoir l’air. Sans doute la force des grands films, finalement.