Après une welcome party qui nous a mis dans le bain de la 9ème édition l’Okinawa International Movie Festival que nous avons couvert au Japon du 20 au 23 avril, place aux réjouissances d’une première journée bien chargée. Au programme de ce vendredi 20 avril, une pépite de l’animation, un film de Noël thaïlandais, le Stevie Wonder japonais et du développement durable.

 

2. Kaoru Nemoto
Kaoru Nemoto, directrice de l’Agence de presse des Nations Unis à Tokyo, présente les 17 objectifs du développement durable de manière ludique à Okinawa

On pensait avoir mal lu en lisant le planning distribué à la presse, mais non, c’est bien à un petit déjeuner avec les Nations Unis auquel nous étions conviés ce matin du vendredi 21 avril. Kaoru Nemoto, la représentante de l’ONU explique aux nombreux journalistes internationaux présents que l’Okinawa International Movie Festival est le premier festival de cinéma à les avoir contactés pour soutenir l’accord mondial sur le changement climatique et le programme de développement durable adopté en 2016. La société Yoshimoto, organisatrice du festival, a demandé à ses principaux talentos de prêter leurs voix à un petit film d’animation, présentant les 17 objectifs pour transformer le monde, qui est projeté en amorce de chaque séance. On va dire qu’ils ont réussi à rendre la présentation… aussi enjouée que possible:


L’intention en tout cas remarquable et démontre l’engagement du festival dans la lutte contre les problèmes environnementaux et sa volonté d’y sensibiliser le public de manière ludique et accessible (si vous voulez en savoir plus, on vous encourage à lire ici).

3. Direction le cinéma Sakuraza, le cœur du festival à Naha avec des trois salles et son excellente programmation de films d’auteur
Direction le cinéma Sakuraza, le cœur du festival à Naha avec des trois salles et son excellente programmation de films d’auteur

Cela fait 5 mois maintenant que le cinéma Sakuraza projette sans discontinuer Dans un recoin de ce monde de Sunao Katabuchi, une petite merveille que le réalisateur de Mai Mai Miracle porte depuis 2010 et sa découverte éblouie du manga de Fumiyo Kono. Fresque intimiste d’une précision historique incroyable se déroulant autour d’Hiroshima des années 30 à la fin de la guerre, le film d’animation conte le quotidien de Suzu, une jeune femme courageuse passionnée par le dessin, qui va apprendre à survivre dans ces temps troublés. Si l’on pense parfois à Isao Takahata et son Tombeau des lucioles, Sunao Katabuchi affirme ici un style qui lui est propre, entre réalisme et poésie avec de sublimes décrochages presque abstraits et une tonalité entre mélancolie et optimiste malgré l’adversité. Comme le film sort en France le 20 septembre, vous n’aurez bientôt l’occasion de découvrir l’œuvre qui est devenu un véritable petit phénomène au Japon. Succès surprise au box-office, il a récolté les prix les plus prestigieux cette année, du Japan Academy Prize (l’équivalent des Oscars) au Blue Ribbon Award du meilleur réalisateur (une première pour un film d’animation).

4. Sunao Katabuchi devant l’affiche de son film au cinéma Sakuraza, qui le projette depuis 5 mois !
Sunao Katabuchi devant l’affiche de son film au cinéma Sakuraza, qui le projette depuis 5 mois !

Après cette belle leçon de cinéma, place à la découverte plus modeste d’une petite comédie thaïlandaise : A Gift de Chayanop Boonprakob, Jira Maligool, Nithiwat Tharatorn et Kriangkrai Vachiratamporn.

5. A Gift

Rien de honteux dans ce sympathique film de fête de fin d’année, mais c’est tellement convenu qu’on a l’impression que chacune de ses images est interchangeable avec n’importe quel feel good movie qui sort maintenant partout dans le monde depuis Love Actually, avec son lot de couples qui se font et se défont, de personnages qui se croisent aux hasards d’histoires aux liens ténus, de stars locales interchangeables, de décors de carte postale publicitaires et une durée beaucoup trop longue (plus de 2h30 !)… La seule chose qui fait qu’on distingue le film d’une production standardisée réalisée en Chine ou à Hollywood est que les indispensables parties musicales sont tirées du corpus… du roi de la Thaïlande Bhumibol Adulyadej (Rama IX), qui avait offert à ses sujets quelques chansons pour les fêtes de fin d’année en 1952 ! Si vous avez l’occasion d’y jeter un œil cet hiver sous la couette, prêtez aussi l’oreille aux compositions.

6. Pas le temps de faire bronzette comme les chats d’Okinawa, il reste encore des films à voir !
Pas le temps de faire bronzette comme les chats d’Okinawa, il reste encore des films à voir !

Musique toujours avec la présence du pianiste Koshi Kishita (que le catalogue de festival surnomme le « Stevie Wonder japonais »), venu donner un petit concert après la projection de Cross, dont il a signé la bande-original. L’organisateur du festival, Yoshimoto, produit quelques films via sa filière Katsu-do et profite de son événement à Okinawa pour leur donner un petit coup de projecteur. C’est le cas de Cross, une chronique criminel et psychologique au scénario tortueux qui dénote avec le reste de la programmation bonne enfant de cette édition. Mais le film de Kazuyoshi Okuyama (producteur historique de films de Shohei Imamura ou Takeshi Kitano, également l’un des membres fondateur de Katsu-do) de et Shinji Kugimiya n’est pas dénué de qualités, bien au contraire. Son scénario solide décrit de manière toujours crédible le destin de deux femmes ayant commis un meurtre et se réinsérant de manière très différente dans la société. La première, qui s’est mariée et a mis derrière elle son passé criminel, voit sa vie troublée quand un journaliste ressort l’affaire et que son mari l’apprend. La seconde vit dans la culpabilité la plus totale, s’interdisant tout accès au bonheur, toujours hantée par le crime de la femme de son amant. La mise en scène manque un peu de relief pour nous happer complétement dans ce drame, mais l’interrogation sur la culpabilité, le droit à l’oubli et la réinsertion de femmes ayant purgé leur peine dans la société japonaise suffisent à rendre l’œuvre intéressante de bout en bout. C’était à Okinawa la première mondiale d’un film auquel on souhaite une belle carrière en festival, grâce à laquelle on espère pouvoir le découvrir plus près de chez nous.

7. L’équipe de Cross le pianiste Koshi Kishita, l’excellente actrice Chiharu Kono et le réalisateur Kazuyoshi Okuyama
L’équipe de Cross : le pianiste Koshi Kishita, l’excellente actrice Chiharu Kono et le réalisateur Kazuyoshi Okuyama

À demain pour la suite, avec encore plus de films, le réalisateur Hong-Kongais Fruit Chan et un tapis rouge avec GACKT !
Victor Lopez (Photos : Elvire Rémand).