Ce n’est pas sur l’écran du grand amphithéâtre Lumière, où sont projetés les films de la Sélection officielle, que nous avons pu découvrir Asura Girl, mais dans les salles, plus confidentielles mais tout aussi nécessaires au festival de Cannes, du Marché du film. Son acteur principal, le jeune et prometteur Ryunosuke Matsumura, est venu tout spécialement du Japon pour présenter le nouveau film de la franchise Blood C. L’occasion de le rencontrer et de dresser le portrait d’une star de demain.

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ASURA GIRL_3Présenté au Marché du film de Cannes 2017, Asura Girl de Oku Shutaro est le nouveau chapitre de la saga initiée par Mamoru Oshii avec ses romans Blood, the last vampire, dont on ne compte plus les déclinaisons en anime, mangas et jeu-vidéo. C’est ici la franchise en forme de prequelle Blood-C qui est développée par Production I. G.  On y suit, avant la seconde guerre mondiale, l’arrivée d’une mystérieuse jeune femme habillée en écolière et portant un sabre (on vous laisse deviner de qui il s’agit) dans un village où un membre de la police politique a été brutalement et mystérieusement assassiné. Alors que le lieu va devenir le théâtre d’affrontements contre des créatures lovecraftiennes, le spectateur attentif soupçonnera bien vite une fille qui semble être atteint de syndromes étranges, et que son frère essai de protéger par tous les moyens.

Ce frère, c’est Ryunosuke Matsumura, 23 ans. Le garçon d’Asura Girl tient là son premier rôle au cinéma. À la fois expressif et retenu, son jeu tranche avec le conformisme des comédiens de sa génération, et cela est peut-être dû à sa formation. Loin des dramas et de la télévision, c’est le théâtre qui l’a amené au grand écran. À 19 ans, étudiant, il se passionne pour les planches et a la ferme intention de devenir directeur de théâtre et producteur. C’est le « théâtre 2.5 » qui lui donne finalement ses premiers rôles : il incarne ses personnages préférés dans des adaptations de mangas grandeur nature. On le voit dans Terror In Resonance, Ghost In The Shell, et même une version musicale du jeu-vidéo The Legend of Heroes, Trails of Cold Steel. Très populaire au Japon, le « théâtre 2.5 » est selon l’acteur « basé sur toute la culture populaire japonaise, les animes, films, mangas, jeux-vidéos. Ces adaptations ne sont pas vraiment différentes du théâtre classique, mais permettent de toucher un public différent, qui n’aime pas forcement le théâtre à l’origine, mais va venir en tant que fans, que ce soit du matériel de base, ou des acteurs. Les choses y sont plus grandes que dans le théâtre classique : il y a des chansons, des scènes de combats… C’est très dynamique et accessible. » En terme de travail, rien ne diffère vraiment d’une préparation classique, comme l’explique Ryunosuke Matsumura : « Dans un premier temps, j’essaie d’aimer le personnage et de comprendre ses motivations, pourquoi il agit comme il agit. Je dois entrer dans la tête de mes personnages ».

松村龍之介2017Rien de surprenant donc à le voir passer des planches à l’écran avec Asura Girl, d’autant qu’il a travaillé avec le réalisateur Oku Shutaro au théâtre sur la même franchise avec Blood C : The Last Mind. C’est le cinéaste lui-même qui le pousse à accepter le rôle, que l’acteur décrit avec gourmandise : « Ren est un villageois, c’est le frère de Ran, le personnage féminin principale. Elle a subi des tests et se transforme en monstre, alors qu’elle est hospitalisée. Il s’en occupe et essai de fuir le village avec elle. Il est très timide, mais aussi très confiant. Il aime sa sœur plus que tout, au point de la laisser manger des parties de son corps, pour éviter qu’elle tue des gens ! Elle mange ses doigts ! », conclut-il avec délectation et des bruitages suggestifs ! Quand on lui demande ses projets à venir, il ne peut pas encore annoncer quelque chose de concret, mais a beaucoup de chose sur le feu. Il est en tout cas désireux de progresser et d’incarner d’autres personnages : « Quand j’ai interprété Ren, je me suis vraiment impliqué, j’ai étudié sa manière d’agir et de penser. J’aimerai beaucoup interpréter d’autres personnages forts, je pense que ça peut m’aider à grandir en tant qu’être humain aussi. » Voilà qui lui permettra peut-être d’égaler les acteurs qu’il cite comme ses modèles : Hiroyuki Sanada au Japon et Alain Delon (avec qui il partage un faux-air) et un jour peut-être, de travailler avec ses réalisateurs préférés comme Naomi Kawase, qu’il a croisé à Cannes cette année, et qu’il adore, même si ses gouts personnels le poussent vers Quentin Tarantino et Martin Scorsese. Ce sera en tout cas l’occasion de le revoir à Cannes, sur le tapi rouge cette fois.

Propos recueillis par Victor Lopez et Kephren Montoute à Cannes le 22/05/2017.

Remerciements : Sanae Konuma