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La 70ème édition du Festival de Cannes n’a finalement pas donné de prix, mais une belle visibilité au cinéma japonais, et nous a surtout permis de belles rencontres avec ses réalisateurs majeurs venus célébrer l’événement : Naomi Kawase (Vers la lumière), Kiyoshi Kurosawa (Avant que nous disparaissions), Takashi Miike (Blade of the immortal) et la nouvelle venue Atsuko Hirayanagi (Oh Lucy !). Bilan et souvenirs une semaine après la fin des festivités.

 

La scène se déroule sur la terrasse MK2, lors de notre entretien avec Noami Kawase, venue présenter en Compétition officielle Vers la lumière. Entre deux réponses éclairantes sur son film lumineux (lire ici), c’est elle qui m’interroge et me demande si je lui donnerai la Palme si j’étais membre du jury. Sans doute un peu pris de cours, j’hésite une demi seconde avant de lui dire que « oui, bien sûr ! ». Bonne joueuse, elle me demande alors en rigolant quels autres films j’ai vu cette année, et me voilà en train de lui vanter, un peu gêné, les qualités du Jour d’après du coréen Hong Sang-soo (également en Compétition officielle et en salles le 6 juin) ! Si j’avais répondu en toute honnêteté, c’est sans doute le Prix de la mise en scène que j’aurai décerné à Vers la lumière, tant la beauté envoutante de ses plans magnifiquement composés et éclairés restent en mémoire et nous bercent longtemps après la projection. L’anecdote montre tout de même l’importance que peut avoir une récompense cannoise aux yeux d’une cinéaste que tout le monde considère comme majeure, mais dont l’équilibre économique est tout de même fragile, et la visibilité des œuvres dépendante des récompenses.

thumb_54911_media_image_2560x1620C’est la raison pour laquelle le cœur de la cinéaste a dû sauter un battement lors du discours de clôture de de Juliette Binoche à la remise des prix du 70ème festival de Cannes. Juste avant de remettre la Palme d’or au suédois Ruben Östlund pour son film The Square, et alors que le suspense sur le lauréat suprême est à son comble, l’actrice française parle de l’importance de la lumière au cinéma, avant de traduire le mot dans plusieurs langues. Si elle était allée jusqu’au japonais, c’est le titre original du film de Naomi Kawase qu’elle aurait prononcé : Hikari. La réalisatrice est finalement partie bredouille de la cérémonie. Dommage, même si on est certains que ce n’est que partie remise (elle nous a aussi confié déjà travaillé sur un nouveau film, où il sera question d’enfant, biologique et adopté), mais ce n’est pas grave : elle nous laisse tout de même son beau film plein d’espoir en cadeau. Et sa sélection cannoise lui assure une sortie en France, où sa dernière œuvre, Les Délices de Tokyo, avait reçu un bel accueil. Vers la lumière, avec sa sensibilité à fleur de peu et son histoire relatant la rencontre entre un photographe devenant aveugle et une jeune femme audio-descriptrice, étant dans la même veine, on lui prédit un beau succès dans nos salles.

On souhaite le même parcourt à la découverte japonaise de cette édition Atsuko Hirayanagi, dont le premier essai en long-métrage, Oh Lucy ! était présenté à la Semaine de la critique. Même si elle a fait ses études en Amérique et que son film est doté d’un casting international dominé par Josh Hartnett, la jeune cinéaste arrive à concilier dans un même film les préoccupations du cinéma indépendant japonais (la solitude d’une femme approchant la cinquantaine, dans sa vie affective comme professionnelle) et américain (on pense beaucoup aux feel good movies type Sundance – comme Little Miss Sunshine – devant Oh Lucy !).

Before-We-Vanish

Les deux autres cinéastes japonais de la croisette, Kiyoshi Kurosawa (Un Certain regard) et Takashi Miike (Hors Compétition) travaillaient cette année le cinéma de genre, de manière opposée mais complémentaire : Kurosawa en explorant dans Avant que nous disparaissions un genre quasiment inédit dans l’histoire du cinéma japonais (le film d’invasion politique), Miike en tentant de faire revivre le film de sabre, genre majeur mais moribond au Japon, dans Blade of the Immortal. Si les tentatives ne sont pas entièrement convaincantes, elles ne manquent pas de panaches et tranchent (surtout le Miike) avec la production moyenne en termes de cinéma populaire au Japon. Avant que nous disparaissions ne ressemble à rien de connu dans son réjouissant mélange des genres. Voilà un film d’invasion Alien qui commence comme un slasher, se poursuit comme une comédie, bifurque vers le mélodrame, passe par le film d’action (avec des scènes d’art-martiaux et d’explosion), et délivre un message politique engagé, sans jamais oublier les codes de la Science-Fiction (parfois conceptuelle). Le résultat est à découvrir en salles en fin d’année, après avoir vu l’indispensable Creepy dès le 14 juin. Quant à Blade Of the Immortal, c’est l’une des rares adaptations récentes de manga signée Takashi Miike où l’on sent vraiment le réalisateur impliqué dans son projet de ressusciter le chambara (film de sabre). Il n’oublie pas de nous livrer quelques séquences d’anthologie sanglantes, dont une scène d’ouverture en noir et blanc où le héros massacre une armée d’une centaine de personnes et on l’on retrouve enfin le réalisateur de 13 Assassins.

C’est donc les visages d’une cinématographie variée et qui arrive à innover que nous a proposé en 4 films japonais le Festival de Cannes 2017. Sans doute peut-on encore lui reprocher de rappeler les mêmes têtes : Takeshi Kitano étant définitivement perdu pour Cannes depuis l’accueil  d’Outrage, il ne manquait cette année que Hirokazu Kore-eda pour réunir le carré d’as japonais de Cannes. Mais il est impossible de s’en plaindre, tant ces cinéastes proposent des œuvres parmi les plus précieuses du cinéma japonais, et arrivent à chaque occurrence à se renouveler et proposer de nouvelles choses. L’important au cinéma n’est pas la tête, mais le regard, et ces réalisateurs ont prouvé qu’ils arrivaient à un proposer un nouveau et à éclairer de manière originale leur pays. On en revient encore et toujours à la lumière…

Victor Lopez.