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©2017 Lu Film partners

Il y a quelques jours à peine, le film Lou et l’île aux sirènes recevait le cristal du long métrage décerné par le Festival d’Annecy 2017. Ce prix tant convoité revient à nouveau au Japon, depuis Porco Rosso (1993) et Pompoko (1995).

C’est à la veille du festival que nous avons eu la chance de rencontrer Masaaki Yuasa, le réalisateur du film d’animation, nous ne savions donc pas encore qu’il allait être récompensé au moment où les questions ont été posées.

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Masaaki Yuasa

Masaaki Yuasa, votre film Lou et l’île aux sirènes est présenté au festival d’Annecy. Quel est votre sentiment par rapport à cet événement ?

C’est un très grand festival du cinéma d’animation que j’aime beaucoup. Je suis très content que mon film soit sélectionné. De plus, c’est une belle occasion de pouvoir présenter le film au public français. Je suis très content.

Suite à l’annonce de la sortie de votre film, nous avons pu trouver des commentaires très enthousiastes sur le net. Des gens qui disaient “Il est temps qu’il soit connu”, et même IGN disait que c’était le nouveau your name.. Qu’en pensez-vous?

Si c’est sincère, j’en suis très heureux.

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L’histoire de Lou est-elle basée sur un mythe ou une légende ? Car ce n’est pas du tout le conte de la petite sirène que nous connaissons en occident.

Pour préparer ce film, j’ai fait quelques recherches autour des différentes légendes, mythologies, contes et histoires qui tournent autour des sirènes en occident. Au Japon aussi nous avons nos légendes. Mais chez nous, les sirènes sont représentées comme des créatures qui font peur. Cela rejoint un peu les croyances autour de la mer, l’océan.

On en parle aussi dans le film, quand par exemple des vagues engloutissent des bateaux. Donc c’est très lié à des catastrophes naturelles, et quand ça arrive, on pense que c’est la mer qui s’est fâchée, ce qui a donné suite à diverses légendes que j’ai utilisé et mélangé à d’autres histoires qu’on peut raconter dans le monde.

J’ai également ajouté un côté très moderne, car Lou, la sirène, aime beaucoup la musique et elle se met à danser dès qu’elle en entend.

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©2017 Lu Film partners

Du coup c’est un vrai paradoxe que vous avez voulu créer entre l’image effrayante de la sirène japonaise et la petite Lou si innocente, mignonne et adorable ?

Oui, c’est certain que je voulais en jouer de ce décalage entre la mer terrifiante et le côté très mignon de cette petite fille. Avant d’en faire une sirène, j’avais plus l’idée d’en faire une fille-loup. Donc plus un enfant-loup qui est d’habitude mignon mais qui peut se transformer en une créature horrible. Puis, au fur et à mesure de mes réflexions, j’ai décidé d’en faire une sirène parce qu’elles vivent dans la mer, et la mer à deux facettes. Il y a un côté joyeux mais aussi un côté terrifiant. Ce sont les paradoxes que je cherche. Donc, en opposition au côté horrifiant de l’océan, je voulais que le design de Lou soit le plus mignon, pur et innocent possible.

Votre héros est un jeune garçon de 14 ans. Il vit beaucoup de choses assez folles dans le film. Il est confronté à toutes sortes d’émotions, il va s’enfermer dans sa bulle, s’éloigner des autres, être arrogant… C’est votre interprétation de l’adolescence ?

Quand on est adolescent, la moindre des choses peut nous faire plaisir, mais il suffit aussi d’un rien pour nous déprimer. Kai est donc typiquement un adolescent. Et pour eux, le monde est toujours très petit. Il ne voit que le monde qui l’entoure, par exemple pour Kai, son univers c’est sa petite ville. Puis, avec le temps, on se rend compte que finalement, c’était très petit tout cela. Quand on devient adulte, on découvre de nouveaux horizons, il n’y a pas que sa ville natale. C’est pour moi, une des visions de l’adolescence.

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Kunio, Kai et Yuho ©2017 Lu Film partners

Comme il ne connaît pas le monde extérieur, il a peur de quitter sa zone de confort. D’ailleurs, Yuho, l’autre personnage féminin, ressent la même chose. Ces ados se retrouvent face à ces adultes qui reviennent dans le village et qui racontent ce qu’ils connaissent des grandes villes. Ceux qui ne sont jamais sorti ont peur de l’extérieur à cause de l’ignorance. Dans ce monde là, il y a la sirène Lou qui apparaît, qui est innocente et qui a une vraie conviction. Elle sait ce qu’elle veut et elle est très forte, et c’est grâce elle que certains jeunes, dont Kai, vont trouver du courage.

Elle donne du courage mais ce n’est pas tout. Lou ne ferait-elle pas découvrir d’autres sentiments à Kai ? Car finalement, elle a une image d’enfant, mais rien ne nous dit qu’elle est si jeune que ça.

On peut dire qu’il y a une sorte d’amour entre les deux personnages. En tout cas, il y a quelques chose qui les lie très fortement. Ce n’est peut-être pas une histoire d’amour entre un homme et une femme, ça peut être interprété comme une relation entre le père et la fille, mais aussi entre la mère et le fils. Ce sont deux personnages qui s’entraident. Quand ils sont sur terre, c’est Kai qui doit protéger la sirène qui est dans un autre monde que le sien. Et vice versa, dans la mer c’est Lou qui protège Kai. D’où la compréhension mutuelle entre les deux.

Pendant la conception de ce projet, j’ai beaucoup pensé aux chiens guide pour non-voyants. Ils font tout pour leur maître aveugle, ça vient peut-être de leur instinct animal, ça ne s’explique pas vraiment. Mais il y a cette sorte de dévouement malgré le travail intense physiquement pour ces toutous. C’est pour ça qu’à cause de la fatigue, ces chiens ne peuvent pas travailler longtemps, ils prennent leur retraite assez vite. Ils se donnent pleinement, on pourrait dire qu’ils sacrifient leur vie pour ces personnes là. Ils donnent tout leur amour, un peu comme la relation entre les deux personnages. Lou donne tout son amour mais on ne sait pas pourquoi elle fait ça. À un moment Kai s’en rend compte et il essaie de rendre tout l’amour qu’il a reçu.

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Wangyo ©2017 Lu Film partners

Les chiens sont également représentés dans ce film. Qui a eu l’idée géniale de créer le “wangyo” (un chien sirène) ? Cette mascotte est juste parfaite !

C’est ma co-scénariste, Reiko Yoshida, qui a eu l’idée de transformer en sirènes les êtres vivants qui seraient mordus par des sirènes. Au début, elle pensait plutôt à des chats mais je tenais aux chiens, car dans mon film je voulais mettre un refuge rempli de chiens.

C’est Yoko Nemu, celle qui s’est chargé du design des personnages, qui s’est occupée de faire un maximum de dessins de chiens différents à ma demande. Et parmi toutes ces propositions, j’ai choisi le chien le plus simple qui a cette forme là. C’est d’ailleurs mon personnage préféré.

En regardant votre film, on est emporté par toutes ces belles couleurs, on est facilement émerveillé par toutes ces teintes si vives. Même si le bleu et le vert dominent principalement sur le reste, comment avez-vous décidé de ces couleurs ? Et que vouliez-vous apporter au films avec cela ?

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©2017 Lu Film partners

Dans le film, 90% des scènes se passent la nuit ou dans des endroits à l’ombre. Donc, dès qu’il y a du soleil je voulais que les couleurs soient très vives, et à travers elles, je voulais donner une ambiance très joyeuse. J’essaye d’exprimer différentes choses avec elles. Par exemple, quand Kai est très déprimé, j’utilise des vêtements aux couleurs très sombres, alors que quand il l’est moins, j’utilise des couleurs claires. Quand il y a des séquences de grande joie, je met des parapluies multicolores. Donc c’est vraiment en fonction de l’état d’esprit des personnages que j’ai choisi les couleurs.

Concernant la musique, pour quelles raisons avez-vous choisi de reprendre la chanson de SAITÔ Kazuyoshi Uta utai no Ballad qui date de 1999 comme générique du film ?

Ce titre a été choisi vers la fin de la production parce que j’ai mis beaucoup de temps à me décider pour la scène finale. Une fois le tout terminé, j’ai trouvé que ce morceau correspondait parfaitement au contenu du film. Les paroles parlent exactement de la même chose. Mais aussi, l’année 1999 correspond à l’année à laquelle le père de Kai composait cette musique. Kai trouve la musique de son père et s’en sert comme d’une base pour composer et faire son propre arrangement. Et donc, en comptant l’âge de Kai, 1999 correspond à quelques années avant sa naissance, donc c’est raccord avec l’histoire des personnages.

Dernière question sur la musique. Il est très rare d’entendre de vrai titres de J-pop dans les films d’animations. Souvent ce sont des chansons créées pour l’oeuvre, mais là, la chanson préférée de Yuho, c’est fight de YUI. Vous pouvez nous expliquer ce choix ?

L’histoire est évidemment imaginée, mais je voulais que quelques éléments du film soient réel pour que les gens puissent s’identifier et qu’ils se sentent vraiment dans le film. Les paroles de cette chanson, tout comme Uta utai no Ballad correspond tout à fait au contenu, au message du film. Parce qu’elle dit que même si on est découragé il ne faut jamais abandonner, il faut essayer de réaliser ses rêves. C’était donc parfait.

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Un grand merci à Masaaki Yuasa pour son temps, Eun Young Choi sa productrice, Eurozoom, @Anime et Fuji Creative Corporation. Merci aussi à Shoko Takahashi d’avoir traduit en français les propos du réalisateur.

Le film sera en salle le 30 août en France et on vous conseille de ne pas le rater !