1. Header_Lors de la cérémonie de clôture, tous les bénévoles qui sont venus aider le festival sont invités à monter sur scène
Lors de la cérémonie de clôture, tous les bénévoles qui sont venus aider le festival sont invités à monter sur scène

C’est un détail, mais qui en dit long sur l’esprit de l’Okinawa International Movie Festival : lors de la cérémonie de clôture qui s’est tenue le dimanche 23 avril : tous les bénévoles du festival étaient invités sur scène pour dire un mot sur leur ressenti et partager leur expérience. Un beau geste d’ouverture à l’image du festival humain, qui permet de donner espoir aux habitants et un avenir aux jeunes, à travers de nombreuses aides à la culture locale et aux talents qui en émergent.

C’est l’un des grands chantiers de Yoshimoto cette année : afin de participer encore plus pleinement à l’économie locale et à faire émerger les jeunes talents de la région, la compagnie s’est engagée dans l’ouverture d’une Université. Hiroshi Osaki, le fondateur du festival et instigateur de ce beau projet, a accepté de nous en parler.

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Hiroshi Osaki, PDG de YOSHIMOTO

« Le festival est né dans la préfecture d’Okinawa et nous l’organisons maintenant depuis 9 ans. Il y a 41 provinces ici et certaines personnes vivent sur des îles très isolées. Nous voulions vraiment que tout le monde puisse participer au festival. Son nom est l’Okinawa International Movie Festival mais l’un de ses sous-titres est « All The Islands Festival »  (Le Festival de toutes les îles), ce qui reflète parfaitement ce que nous réalisons ici. L’an prochain, en avril, nous allons ouvrir à Naha une école consacrée à la formation des métiers du divertissement. Pour notre 10ème anniversaire, nous pourront déjà faire participer cette Université au Festival. Nous souhaitons donner aux élèves du travail après leur formation. Il y a beaucoup de théâtres, de cinéma, de lieux culturel à Okinawa et les habitants adorent tout cela. Dès qu’ils ont appris leur métier, ils peuvent donc avoir l’opportunité de travailler ici. Je pense qu’il est très important de booster l’industrie du divertissement à travers le festival, mais aussi que cette école peut être une rampe de lancement pour accompagner ces enfants. Le Festival peut transmettre cette culture au monde entier. Okinawa a toujours eu un problème de pauvreté et continue à lutter contre elle. C’est pourquoi je pense qu’il est primordial de développer l’industrie du divertissement localement pour soutenir l’archipel. »
– Traduction de Eiko Mizumo-Gray

2. Photos de famille des lauréats et du jury de la Creator’s Factory 2017
Photos de famille des lauréats et du jury de la Creator’s Factory 2017

Dès sa création, le festival a mis en œuvre plusieurs démarches pour mettre en avant les talents de demain de la région. On a par exemple cette année assisté à la remise des prix de la Creator’s Factory, qui aide les jeunes cinéastes depuis 2013 (Koji Fukada, auteur de Harmonium et Sayonara y a par exemple bénéficié en 2014). Le jury, dont faisait partie le réalisateur Hong Kongais Fruit Chan, connu chez nous pour l’horrifique Nouvelle Cuisine (2005) et ses raviolis très particulières, décerne deux prix : un premier dans la catégorie des réalisateurs de moins de 25 ans, un second dans une catégorie présentant des projets de films n’ayant pas trouvé de financements. Les gagnants voient leurs projets aidés financièrement à être monté par Yoshimoto et les films réalisés sont présentés en avant-première mondiale lors de l’édition suivante du festival.

 

3. Ear Cleaning Rendez-vous de Miyuki Fukuda, un vent d’air frais sur la comédie japonaise
Ear Cleaning Rendez-vous de Miyuki Fukuda, un vent d’air frais sur la comédie japonaise

Dans cette même optique de soutenir les talents locaux, la section « The Local Organisation Project » présente des courts-métrages produits à Okinawa , qui prouvent encore que les artistes sont là et qu’il suffit de les mettre un peu en avant pour les repérer. La jeune Miyuki Fukuda, connue pour l’originalité de ses travaux dans l’animation, présentait par exemple le réjouissant Ear Cleaning Rendez-vous, une comédie loufoque centrée sur une femme passionnée par le nettoyage des oreilles des hommes ! On se prête au jeu de situations burlesque dévoilant déjà une tonalité bien singulière que l’on aimerait bien réentendre.

 

4. A Boy Sato de Omoi Sasaki Avec d’autres franches réussites (comme A Boy Sato, étonnante chronique sociale enfantine qui bifurque de manière inattendue vers la Science-Fiction politique), la section remplie son office et nous prouve que la relève est bien là, à Okinawa, et que des talents peuvent encore se former dans les marges d’un industrie cinématographique japonaise malheureusement de plus en plus standardisées. De quoi avoir un peu d’espoir !

 

5. StarSand

Parmi les longs métrages intéressants présentés cette année, arrêtons-nous sur Star Sand, belle fresque humaniste contant la découverte par une jeune fille pendant la guerre de deux déserteurs, l’un japonais, l’autre américain, dans une grotte sur une île reculée d’Okinawa. Réalisé par l’écrivain australien Roger Pulvers, le film bénéficie de sa large connaissance de l’archipel, qu’il a découvert en 1977 alors qu’il faisait des repérages pour son roman The Death Of Urashima Taro et de son expérience cinématographique – il fut l’assistant de Nagisha Oshima sur Furyo en 1983. Ryuichi Sakamoto, acteur et compositeur du chef-d’œuvre d’Oshima signe d’ailleurs encore ici une mélodie envoutante qui ouvre le film sur de très beaux plans sous-marins. Situé entre 1944 et 2016, où une jeune universitaire retrouve le journal tenue par la jeune femme pendant la guerre, le film touche par la méticulosité de sa reconstitution historique, mais surtout par sa sensibilité dans le développement de thématiques complexes (le patriotisme, la difficulté du pacifisme en temps de guerre, le fait d’être tiraillé entre deux cultures et la résonnance du passé sur le présent). Il est trop tôt pour savoir si l’on pourra découvrir le film de Roger Pulvers en France, mais le roman qu’il adapte (et qu’il a lui-même écrit avant de mettre en scène cette version cinématographique) sera prochainement disponible en français grâce à une traduction chez Amazon. On ne peut que vous en recommander la lecture (pour en savoir plus, c’est par ici !)

 

6. Gackt (au centre) sur la tapi rouge

Bien entendu, un festival qui a pris Cannes comme modèle ne peut se passer de tapis rouge. Dimanche a donc vu défiler tous les invités et les stars du festival sur la rue principale de Naha, avant la soirée de clôture. Parmi eux, GACKT était venu présenter son grand retour au cinéma avec Karanukan, premier film de Yasuhiro Hamano, où il interprète un photographe venu se ressourcer à Okinawa. Nous avons pu le rencontrer pour qu’il puisse nous parler de son rôle, de sa carrière, d’Okinawa, mais aussi de son rapport à la nature et aux divinités. À lire très prochainement sur le site !

 

 

7. Karanukan

Un film (dont l’affiche ne rend pas forcement honneur esthétiquement parlant) tout à la promotion d’Okinawa dont les paysages sublimes donnent des envies d’exploration de l’archipel et de ses merveilles. Alors que le festival se clôt, il est difficile de reprendre l’avion et de quitter Okinawa. Mais on repart heureux des découvertes culturelles qu’offre l’île et que le généreux festival a si bien su mettre en avant. On garde aussi en tête la chanson entêtante du festival, qui résonnait partout à Naha pendant les festivités :


Begin – Egao no Manma par Animebitskimi67

8. Au revoir Okinwa

 

Au revoir, Okinawa…

Un grand merci à Aki Kihara, Momoko Nakamura, toute l’équipe de la 9ème édition de l’Okinawa International Movie Festival & de Yoshimoto Kogyo Co. pour leur accueil et leur gentillesse.

Victor Lopez (Photos : Elvire Rémand).