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Pendant 10 jours, du 17 au 28 mai, toute la planète cinéma a les yeux tournés vers Cannes et son festival. L’occasion de nous demander quelle place va occuper le cinéma japonais sur le tapis rouge alors que commence cette 70ème édition.

 

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Naomi Kawase

L’an passé, alors qu’elle présidait la Cinéfondation, Naomi Kawase nous confiait tourner au Japon un film sur le cinéma. C’est en toute logique que nous aurons le privilège de le découvrir à Cannes. Hikari (ou Vers la lumière), qui relate la rencontre entre une jeune femme audio-descriptrice de film et un photographe devenant aveugle, est le seul film japonais présenté en compétition cette année. De quoi avoir un petit espoir d’une palme d’or nippone, qui serait la cinquième du festival, après Teinosuke Kinugasa pour La Porte de l’enfer en 1954, Akira Kurosawa pour Kagemusha, l’Ombre du guerrier en 1980 et Shohei Imamura pour le doublé La Ballade de Narayama (1983) et L’Anguille (1987). Une mini-histoire du cinéma japonais en France sur laquelle la sélection Cannes Classique, dédiée en partie à l’histoire du festival, nous permettra de revenir avec la projection du chef-d’œuvre d’Imamura de 1983. Cette section patrimoniale sera aussi l’occasion de découvrir en avant-première, avant sa sortie le 12 juillet, la restauration 4K du sulfureux Empire des sens de Nagisa Oshima, qui provoqua un scandale lors de sa présentation à la Quinzaine des réalisateurs en 1976.

Naomi Kawase, elle-même grande habituée de Cannes, nous expliquait encore le lien unique qui la lie au Festival :

« Cannes me soutient. J’ai beaucoup de chance. Depuis ma caméra d’or (pour Suzaku en 1997 – ndr), beaucoup de choses ont changé pour moi. C’est pourquoi j’aime l’idée de la Cinéfondation, qui apporte son soutien à de jeunes réalisateurs. Elle aide ces cinéastes dès leurs courts-métrages et leur donne les moyens de faire des long-métrages qui peuvent remporter des prix dans les compétitions principales. C’était aussi l’idée forte de Gilles Jacobs (ndr – délégué général du Festival de Cannes en 1978 et son président de 2001 à 2014) que Cannes a réussi à ne jamais perdre de vue, même si c’est devenu un immense festival. L’idée de repérer les talents du futur et de les accompagner dans leur carrière. »
C’est cependant plus vers la sélection parallèle de La Semaine de la critique, qui présente des premiers ou seconds films, qu’il faudra tourner le regard pour découvrir le talent du futur du cinéma japonais, puisqu’y sera présenté le premier film de la réalisatrice Atsuko Hirayanagi, Oh Lucy !. Une co-production américaine au casting étonnant qui fera se croiser Josh Artnett et Shinobu Terajima que l’on va surveiller avec une grande attention.

C’est par ailleurs d’autres habitués que l’on va retrouver avec plaisir tout au long du festival, à commencer par Kiyoshi Kurosawa, plus productif que jamais puisqu’il montrera à Un Certain regard son 3ème film de 2017 : le fantastique Avant que nous disparaissions, qui fait suite à son fantomatique film français Le Secret de la chambre noire et au terrifiant Creepy qui sera en salles le 14 juin prochain.

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Takashi Miike

De manière plus surprenant, le fantasque Takashi Miike fait aussi son retour sur la croisette, où il avait présenté, de Hara Kiri (2011) à Shield Of Straw (2013) en compétition en passant par Yakuza Apocalypse (2015) à la Quinzaine des réalisateurs, quelques pellicules secouant le festivalier plus habitué aux films d’auteurs bien installés qu’à l’œuvre hétérogène d’un trublion œuvrant dans le cinéma de studio japonais le plus populaire. C’est donc Hors Compétition que l’on aura le plaisir de découvrir l’adaptation du manga culte de Hiroaki Samura, L’Habitant de l’infini (Blade of the Immortal), un film de sabre qui s’annonce bien sanglant et sur lequel on reviendra en détail dans la prochaine livraison d’AnimeLand.

Rendez-vous quotidiennement en ces pages toute la semaine prochaine pour suivre notre couverture de la sélection japonaise à Cannes 2017. D’ici là, on ne peut que vous conseiller de rattraper, tant qu’il est encore en salles, le formidable Après la tempête de Hirokazu Kore-eda, dont on vous disait le plus grand bien il y a tout juste un an, lorsque nous le découvrions à Cannes 2016.

Victor Lopez.