JLS-wabi sabi

Partie 1/2
Une approche du sabi

Le wabi sabi est un concept fuyant qui, pourtant, fleurit depuis quelques années dans la culture occidentale sous forme de guides et d’œuvres, d’objets et de mobilier tentant d’en exprimer l’esprit. On pourrait le résumer à une considération esthétique mâtinée de philosophie. Pourtant, dans un rapport qui n’est pas sans rappeler le courant des impressionnistes français, l’état de wabi sabi se tient autant dans l’œil – et dans le cœur, les tripes – de celui qui observe que dans l’objet lui-même. Il est souvent relié au zen, voire au taoïsme. Mais comme c’est le cas de l’immense majorité des usages et postures artistiques anciennes, cela ne vous avance pas vraiment !

Avoir une notion du wabi sabi est fondamental dans l’approche de la culture traditionnelle japonaise. Elle concerne de nombreux arts et artisanats, y compris les « voies » telles que le chadô (voie du thé) et le kadô (voie des fleurs). S’inscrivant au-delà des pratiques en elles-mêmes – ici, respectivement le cha no yu et l’ikebana – tout en les comprenant, les désignent une façon de les vivre en conscience et selon certains préceptes. L’humilité, la simplicité, l’honnêteté en font souvent partie. Des qualités inhérentes au wabi sabi.

Commençons par le sabi 寂 , plus simple et accessible. D’un point de vue purement matériel, il s’agit de la « patine » que le temps – au sens de durée – donne aux choses. Les aspects élimés des tissus, des cordes et des tatamis, les éclats des poteries, les creux qui se forment dans pierres et les meubles à force d’être tenus et frottés toujours de la même façon, la rouille, une forme de délabrement… sont des indices pour déceler le sabi. On s’attend à le trouver dans les matières dites nobles comme le bois, la céramique et les beaux métaux, ou encore dans les vieilles maisons traditionnelles de poutres et de papier – ou, sans aller jusque-là, dans ces demeures qui ont un « certain cachet ». Pourtant, il s’applique aussi bien aux paysages urbains, de l’usine au bâtiment public en passant par les H.L.M., les buildings, les terrains vagues…

© Jordy Meow - http://japonsecret.fr
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Enfin, comment ne pas penser à la croyance des tsukumogami ? Créatures du folklore japonais, yôkai appartenant au genre des bakemono « choses qui changent », elles apparaissent lorsqu’un objet atteint cent ans. Les versions diffèrent un peu selon qu’il a été utilisé durant ces cent années, ou s’il a juste le mérite de continuer à être entier. Tant est qu’à son anniversaire, l’objet acquiert une conscience et des pouvoirs. Une part de cette représentation magique peut se comprendre à travers ce concept de patine aussi bien sensorielle que spirituelle, car l’usure du temps et de ses usages confère une identité propre à la chose et invite au respect. Le rapport se fait dans l’humilité : on devine comme une présence dans l’artefact touché de sabi – peut-être celle des multiples mains qui l’ont manœuvré.

© Jordy Meow - http://japonsecret.fr
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Lectures conseillées :
Nippon no Haikyo, de Jordy Meow, éd. Issekinicho
Wabi-Sabi à l’usage des artistes, designers, poètes & philosophes, de Leonard Koren, éd. Sully
Quartier lointain, de Jirô Taniguchi, éd. Casterman
Et pour le plaisir, quelques tsukumogami : http://yokai.com/category/tsukumogami/